Les couleurs de la vie
Toute petite, déjà, je détestais le rose. Ma mère me forçait à en porter tout le temps, j'étais « la fille »... Comme si ça avait un rapport: des études ont prouvé que le rose n'est pas typé « fille », c'est uniquement une mode des années 20 qui a essaimé; du coup, les fabricants de vêtements et de jouets ont créé des gammes rose, entretenant cette mode de l'époque. Les jouets de fille étant tous rose, on s'est imaginé que les filles aimaient forcément le rose, et donc on a encore plus produit dans cette couleur: c'est le serpent qui se mord la queue. Bref, donc je détestais le rose, premièrement parce qu'on m'obligeait à en porter tout le temps, ensuite parce que j'étais une vraie garçonne et que je ne jouais jamais avec des filles à la récréation. Et pourtant, mon message subtil à ma mère (je râpais mes genoux et mes jambes, faisais des accrocs et des taches à mes vêtements trèèèès souvent sur le terrain de foot) n'a jamais marché, elle persistait dans cette couleur... beuuuuuuuh!
Plus tard, à l'adolescence, certaines couleurs m'ont poursuivies... heureusement, je choisissais mes propres vêtements, dans des couleurs que j'aimais, mais d'autres soucis ont fait surface: la petite rousse à la peau translucide (je l'invente pas: je voulais une fois acheter du fond de teint et la vendeuse m'a dit: il faut prendre « transparent » comme nuance ...) avait pour surnom « Casper » à l'école, et j'avoue que, pendant un temps, j'essayais bêtement de bronzer le plus possible pendant les vacances. En plus, moi qui adore les couleurs vives, on me disait toujours « ne porte jamais de rouge, les roux ne devraient jamais en mettre, ils ont l'air encore plus pâles... » ... alors bon... quand j'ai rencontré mon futur mari, j'ai constaté avec bonheur que lui trouvait qu'une peau toute blanche, des joues rouges et des taches de rousseur, c'était plutôt mignon...
Reste que j'étais toujours énervée contre certaines couleurs... et il a fallu notre voyage pour notre lune de miel pour que j'ouvre les yeux: déjà, dans la rue, j'ai vu beaucoup de gens pâles et/ou de roux(rousses) porter du rouge et je me disais: wow!! c'est merveilleux comme ils assument!... et puis un jour, entre deux randonnées, j'ai profité des services de la massothérapeute proposée par l'hôtel. Et là, au moment où je commence à me détendre, la madame me dit: « quelle chance vous avez d'avoir une aussi jolie peau!! moi je bronze toujours à peine que je vais au soleil, c'est affreux »... et c'est là que j'ai appris que, dans sa région, la pâleur était un atout, quelque chose à valoriser. Je sais que c'est idiot, mais chez moi, ça a fait tilt, déclic et comme une envie de sauter au plafond. Je me suis dit: tant pis pour les grincheux, je fais ce que je veux!!
j'ai acheté du rouge, des jupes plus courtes qui laissaient voir un peu de mes jambes toutes blanches... et, vraiment, je me sentais bien dans ma peau, j'avais l'impression d'être jolie, peut-être parce que je portais quelque chose que j'aimais vraiment et que donc j'étais à l'aise... au retour, on m'a bien fait des commentaires désobligeants, mais cette fois j'étais bien et sûre de moi... je répondais simplement aux gens que j'aimais ça, et que s'ils n'étaient pas contents c'était la même chose... mon mari m'a appuyée, mais aussi ma grand-maman, elle qui m'a raconté comment, en perdant sa mère à l'âge de 11 ans, elle avait dû, obligée par sa famille, porter uniquement du noir pendant une année complète. Pas étonnant qu'aujourd'hui elle déteste cette couleur (à son enterrement, d'ailleurs, sa famille a interdiction de porter cette couleur
...)!
J'avoue depuis avoir beaucoup réfléchi aux couleurs, à quel point leur perception est relative... et ces derniers temps, j'en ai encore eu un exemple avec une amie qui m'a commandé de la layette pour son futur bébé. On a choisi la laine ensemble, et quand ma mère a vu les couleurs, elle a failli faire une syncope; « mais c'est pas de la couleur pour bébé, t'as pas pris du pastel? »... je lui ai expliqué que l'amie en question déteste le pastel, et adore le rouge et jaune, et que donc c'était normal d'habiller son bébé dans ses couleurs-là... Malgré mon explication, ma mère a persisté en disant que si on faisait de la laine pour layette en pastel, c'est parce que c'est comme ça qu'on devait habiller les petits... j'avoue ne pas avoir considéré cette phrase comme un argument, haha....
Je pensais déjà depuis lors à vous écrire une petite diatribe sur la relativité de la couleur dans les vêtements, l'ameublement (on nous a souvent dit: pourquoi avez-vous des rideaux bleus?? c'est bizarre!!) et autres secteurs de la vie quotidienne, quand j'ai vu une excellente émission sur Planète hier, justement relative aux couleurs des vêtements selon les sociétés. Ils se sont rendus compte, premièrement, que le « bon goût » est purement culturel, et que donc si ça vous tente de porter du orange et du vert ensemble, sachez que c'est un mélange très populaire en Amérique du Sud, même si ici on criera à l'hérésie... La 2ème constatation du reportage est plus... effrayante: ils ont remarqué que, dans la plupart des villes du monde, les gens s'habillent beaucoup en gris, et un peu en noir et blanc, comme pour se fondre dans la masse ou dans leur environnement, et ne pas détonner. Jusque là, si ça se trouve, vous aviez remarqué cet état de fait... Mais, ce que vous ne saviez pas, c'est que, par des tests cognitifs et chimiques, ils ont remarqué que cette uniformité, spécialement en hiver, contribuait à miner le moral des gens et que, parfois, le simple fait de voir quelqu'un habillé d'une touche de couleur vive arrivait à faire remonter le taux de « bonnes » hormones, celles qui donnent de l'énergie et de la bonne humeur...
d'où mon message du jour, pour ceux qui ont eu le courage de me lire jusque là: osez les couleurs, dans votre vie, chez vous, dans vos vêtements, et envoyez les bien-pensants tout gris ronchonner dans leur coin!
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06 Octobre 2009 à 11:09 dans
- Général
